"Le Craken "
"Un cerf-volant mythique."Extrait d’un article paru dans le Midi libre
Le 18 novembre 1990 sur le plateau du Larzac par un vent de force 8, le Craken prenait son envol. Instant fabuleux , un bond à plus de 300 mètres d’altitude avec un « monstre » de tissus et de cordes de plus de 2000 m2. Un rêve volant complètement fou qui rassemble une trentaine de copains autour d’un travail titanesque et d’un projet frôlant l’utopie.
Outre les démarches liées à la réalisation d'un tel projet (recherche de fonds, de matériaux, de locaux et de techniciens de la voilerie, de sponsors ...etc.), d'un point de vue technique, la fabrication du Craken peut se résumer en ces quelques points :
Dans un premier temps, recherche du type de cerf-volant et résoudre le principal problème : minimiser la masse et le problème de la membrure. Contrairement au Naja (le premier record du club avec ses 705 mètres de long), le Craken est un cerf-volant souple, sans aucune armature. Le modèle est original et inspiré d'un créateur Québécois : Lucien Gibault
Ensuite, réaliser une maquette au 1/100 pour tester le modèle et notamment le bridage.
La réalisation d'une autre maquette à l'échelle 1/30 fut nécessaire pour mieux observer les défauts et trouver leurs remèdes.
Enfin, réaliser la bête qui aura dévoré plus de 2000 m2 de tissus spinnaker et 40 000 mètres de fil. ….
Mais au fait, pourquoi ce nom ?
Le CRAKEN est le dernier Titan (monstre marin) de la légende d'Andromède dans la mythologie Grecque. L'audacieux Thésée après avoir décapité la Gorgone utilisa l’éclat destructeur de ses pupilles en les tournant vers le CRAKEN qui fut pétrifié et englouti par les flots.
Au mois de mars 1989 sur la plage de Berck sur mer, dans le nord de la France, la rupture d'un câble latéral de pilotage entraîna la chute du Naja vers la mer. Le cerf-volant géant après s'être abîmé en mer a profité d'une rafale pour resurgir des flots entraînant en cascades, dans son envol, des milliers de litres d'eau.L'impression fut si forte chez les acteurs du groupe OK Mistral et chez les milliers de spectateurs que la légende devint réalité. Le Naja n'ayant aucun point commun avec le Craken, c'était peut-être là sa seule façon de contribuer au projet : trouver le nom !
L’une des couturières du cerf-volant, voilière de profession, nous a déclaré un jour "C'est la première fois que je vais me coucher sans avoir fini la couture que j'ai commencé le matin !"
Lors du vol d’essai, en version « courte » (250 mètres) sur les jardins de Maguelone (prés de Montpellier), une alerte OVNI fut déclanchée. Des fenêtres des immeubles situés à 5 km de notre espace de vol, l’horizon était barré par une masse immobile et gigantesque. La tour de contrôle de l’aéroport de Fréjorques n’est pas parvenue à établir un contact radio avec la « bête » et la gendarmerie recevait dans le même temps des dizaines d’appels relatant la vision.
Le jour du record le plafond était si bas que la tête du « Craken » a disparue dans les nuages. La corde d’escalade de 3 tonnes de résistance s’est mise à « chanter » alors que l’anémomètre indiquait 40 / 50/ 70 puis 80 km/h. Nous avons commencé à avoir vraiment peur et nous avons évacué la zone située autour du point d’ancrage (un camion grue de 50 tonnes prêté par l’armée)… "Lorsque le câble de retenue a cédé, nous avons entendu comme un coup de feu… puis, la corde a fouetté le sol en griffant la terre profondément. Le Craken qui avait partiellement disparu dans la couche de nuages à plus de 300 mètres, est lentement réapparu comme un animal blessé dans une chute qui n'en finissait plus. Nous savions, alors, que la légende, était notre, à présent, à nous ; les gens ordinaires qui avions fait quelque chose d’extraordinaire. Aujourd’hui cet instant est resté gravé dans la mémoire de tous les acteurs de ce projet, de cette aventure. …